Money
Money ! Money !
In the fishermen’s word…
Derrière cette parodie du célèbre tube d’ABBA, se cache un sujet brûlant entre tous : où part notre pognon ? Bien loin de nous l’idée de vous faire un coup à la Jean-Pierre Pernaud avec son “Combien Ca Coûte ?”, mais il faut admettre qu’entre opacité et éloquence, les chiffres comptables de la pêche en France laissent songeur…
Puisque la F.N.P.F. ne souhaite pas vraiment communiquer sur ces chiffres, nous avons simplement repris ceux du rapport de la Cour des Comptes de 2004.
Et chose amusante, on note dès le départ que seulement 79 fédérations ont fourni comptes et données.
Pourquoi ce manque de transparence ?
Est-ce que ceux qui se sont abstenus seraient aussi les mauvais élèves qui feraient chuter la moyenne ?
On trouve donc un total de 45 millions d’euros.
Un joli pactole, dont on se dit aussitôt qu’il tranche radicalement avec les difficultés financières de nombre d’APPMA, ou les lacunes en garderie sur tout le territoire.
Mais où passe cet argent ?
Intérêts et désintérêt.
Avant cela, intéressons-nous à cette autre question : d’où vient l’argent ?
Sans surprise, l’argent des pêcheurs faisait le gros du bas de laine, avec 30 000 000 d’euros, soit les deux-tiers de l’enveloppe.
Les Fédérations touchent aussi des aides substantielles, 9 000 000 de subventions en 2003.
Puis 5 000 000 des diverses piscicultures fédérales, et enfin un petit million proviendrait des intérêts de placement financier (car il y a de l’argent de côté, si ,si).
Il faut enfin ajouter à cela un patrimoine (déclaré) de 36 000 000 d’euros… .
La pêche en France est donc propriétaire d’immeubles, de plans d’eau, de terrains, etc.
Alors quand on nous rabâche que l’argent manque, on tique un peu, c ‘est compréhensible.
Les dépenses, maintenant.
C’est là qu’on commence à rigoler.
Déjà, les Fédérations passent à la trappe 20 000 000 d’euros dans une case intitulée “coûts de fonctionnement”.
C’est le fameux écran de fumée derrière lequel il est impossible de savoir ce qui se passe.
C’est plus de la moitié de votre carte de pêche dont on ne sait absolument pas où elle va.
Si on ajoute à cela les 17% engloutis dans la masse salariale (près de 34€ par pêcheur dans le Morbihan), vous avez là la totalité de votre permis de pêche qui est déjà parti en fumée. Incroyable !
Quels sont donc ces coûts de fonctionnements, puisque les salaires n’en font pas partie ?
C’est de plus en plus flou quand on lit que 5 000 000 supplémentaires sont alloués à des subventions aux associations… .
Quelles associations ?
Les APPMA ?
Sur un gâteau de 45 000 000 d’euros, 5 000 000 seulement iraient à la rivière ?
C’est quand même difficile à croire.
En tout cas, on est très loin des chiffres avancés par Mr Roustan, qui déclarait sans sourciller que 80% au moins de l’argent des cartes retournait à la rivière… .
On ne dit bien sûr pas que Mr Roustan s’est trompé, ou aurait menti, mais… avec ces chiffres on voit mal par quel tour de passe-passe, par quelle lecture savante, on parviendrait à ce pourcentage.
D’autant qu’une dernière ligne évoque 3 000 000 d’euros en amortissements et provisions, comprenez les emprunts et placements boursiers.
C’est clair : ce n’est pas clair du tout.
Si on veut bien regarder objectivement les chiffres, les aménagements de rivière, les empoissonnements, etc., sont donc rangés dans la case “coûts de fonctionnement”.
Ce n’est donc pas 80% de l’argent des pêcheurs qui retourneraient à la rivière, mais dans le meilleur des cas 50%.
Ca fait déjà une petite différence… .
Mais dans ces 50% de coûts de fonctionnement, il y a tout, vraiment tout : les voitures, les locaux, l’essence, et surtout la CPMA, que doit reverser chaque fédération à la FNPF.
L’un dans l’autre, sur ces 20 000 000 d’euros, il ne reste presque rien pour la pêche en elle-même, puisque avec le remaniement de la pêche en France, c’est la FNPF qui se taille la part du lion (contre précédemment le CSP).
C’est donc peut-être la FNPF qui reverse à son tour l’argent pour les pêcheurs et les poissons ?
En effet, le gros archaïsme du système pêche en France, c’est l’énorme disparité de recettes entre APPMA et entre Fédérations.
Si on calquait la politique sociale de la France sur celle de la pêche en France, nous serions en Roumanie en 1995, avec d’un côté une poignée qui roule en Ferrari et provisionne de l’argent sur des comptes bloqués, et de l’autre l’immense masse qui crie famine derrière des charrettes de foin !
Une agence pour l’emploi.
Ainsi, on apprend que la FNPF verse 40% à l’aide à l’emploi au sein des Fédérations.
Ce n’est plus de la pêche, c’est l’ANPE… .
Si seulement les hydrobiologistes employés par les Fédérations étaient écoutés !
Mais ce n’est que rarement le cas.
Ensuite, 33% de cette taxe va à l’ONEMA, qui a son tour l’utilise essentiellement pour payer ses agents. 10% financent la FNPF elle-même (toujours des salaires, des locaux et tout le toutim).
Et enfin, enfin : 17% repartent en direction des Fédérations pour financer ce qui nous intéresse : des plans de réhabilitation, des études, etc.
Bien sûr, une grande partie de cet argent s’évapore en études bidons ou inutiles, ou vont s’évaporer dans la sacro-sainte action en faveur du saumon (le plus gros mangeur de pognon de l’histoire de France derrière les emprunts russes), etc.
Conclusion : au moins les deux-tiers de la CPMA sont employés à payer des salariés… .
Comment interpréter ce galimatias ?
Impossible.
Et c’est le but.
Nous avons quand même montré ça (et d’autres chiffres que nous ne sommes pas sensés connaître) à un comptable qui connaît aussi un peu le monde de la pêche.
Pour lui, c’est clair, si 15% de l’argent des cartes retourne réellement à la rivière, ça relèverait déjà “du miracle comptable et d’une immense volonté de terrain”.
Pourquoi Mr Roustan nous a-t-il alors parlé dans le forum VIP de river-predators de 80% ?
Ignore-t-il le modèle de gestion ?
Les choses ont-elles évoluées aussi favorablement depuis le rapport de la Cour des Comptes ?
Les informations du site officiel de la FNPF seraient-elles erronées ?
Peut-être ne savons-nous pas compter, ou lire.
Peut-être aussi nous faudrait-il le détail des “coûts de fonctionnement”, pour une lecture plus précise et ainsi arrêter d’accuser comme nous le faisons trop souvent ces gens de mal gérer notre argent.
Pour le FISH comme pour l’immense majorité des pêcheurs malheureusement, il n’y a qu’une explication au marasme de la pêche de loisir en France : notre système pêche.
Dans tous les pays où la pêche est un loisir fort, craint au niveau politique et respecté dans les médias et l’opinion publique, le modèle est à l’inverse : d’abord le milieu ET le système pêche (en clair : du poisson à prendre, des empoissonnements, de l’accessibilité
à la rivière, etc.), ensuite la bureaucratie, le politique et le lobbying.
Ainsi, il n’est absolument pas une fatalité qu’il n’y ait pas de poisson en France : quand nous déciderons de consacrer l’argent des cartes à des empoissonnements raisonnés et conséquents, quand nous nous décideront à une vue à long terme où nous comprendrons qu’il y a 300 000 pêcheurs de trop en eau douce qui ne sont là que pour piller, et quand nous nous intéresserons à la préservation des espèces encore bien représentées et qui intéressent le pêcheur, plutôt que placer sous perfusion des saumons moribonds et des rivières à truite qui sont devenues des frayères à brèmes, alors peut-être, nous aurons une petite chance.


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